Non, les permis de séjour ne sont pas à vendre

                                                                  

Le 19:30 de la TSR du dimanche 28 décembre 2008 s'est étendu sur le cas d'un étranger d'origine balkanique auquel un permis de séjour a été refusé par le Tribunal administratif fédéral. Les méchants juges ! Car, voyez-vous, cette personne vit en Suisse depuis plusieurs années et gagne sa vie en travaillant (comme la plupart d'entre nous, mais on n'en fait pas une affaire lorsqu'il s'agit de notre cas). Et, puisqu'il travaille, nous rappelle-t-on, il paye des impôts et des cotisations sociales. Nous aussi, du reste. Mais la comparaison s'arrête là. Car cette personne revendique le droit de rester sur notre sol en dépit de l'interdiction décidée par les juges. Puisque, comme on vous l'a dit, il paye des impôts et des cotisations sociales. On précise même le montant total des impôts qu'il a versés. Et il réussit même à trouver des appuis politiques, notamment celui de la Conseillère nationale Roth-Bernasconi (PSS/GE).

Mettons les points sur les i.

 

Non, une situation irrégulière ne peut devenir régulière du seul fait de l'écoulement du temps, même si la durée des procédures est excessive du fait de l'engorgement de l'administration et des tribunaux – ce qui n'est pas de notre faute et ne confère aucun droit aux étrangers. Tout le monde admet qu'un malfaiteur qui détient un objet volé (une montre, une voiture, etc.) n'en devient pas "propriétaire" après quelques années simplement parce que le temps a passé et que le propriétaire légitime ne fait pas valoir ses droits. Alors pourquoi raisonner autrement sur une question de permis de séjour ?

 

Non, un permis de séjour (ou tout autre permis pour étranger) n'est pas à vendre. Les impôts que tout un chacun doit verser en vertu de la loi n'ont pas pour raison d'être d'acheter des droits ou des faveurs. En d'autres termes, la Suisse n'est pas à vendre. Car notre pays n'est pas une république bananière. Et combien nous a coûté la scolarisation des enfants de ce requérant ? Et le traitement de son dossier par les nombreux fonctionnaires et juges qui ont eu à se pencher dessus ?

Ou les milieux qui soutiennent ce requérant considèrent-ils que les étrangers qui ne travaillent pas – et donc ne versent pas d'impôts – ne devraient pas avoir le droit de séjourner chez nous ? Vu le nombre d'étrangers à l'aide sociale, ce raisonnement risque de se retourner contre ses auteurs …

 

Si cet étranger n'a pas le droit de rester chez nous, c'est en vertu de la loi, sur laquelle les juges prêtent serment. Et la loi, c'est la protection des membres les plus faibles de la société. C'est donc la loi qui préserve nos droits. C'est grâce à la loi que ce monsieur, une fois rentré chez lui, ne sera plus notre concurrent sur le marché du travail, ni sur celui du logement; c'est encore en vertu de la loi que les enseignants auront plus de temps à consacrer à nos enfants une fois que les siens auront quitté la Suisse avec leurs parents. Et l'on pourrait multiplier les exemples.

 

Ce genre de reportage bafoue l'Etat de droit et porte atteinte à la dignité de nos compatriotes, en particulier ceux en situation sociale difficile.