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Le
patriotisme
qu'est-ce que c'est ? Aimer son pays, bien sûr, vouloir son
bien. Mais comment le définir plus
précisément ? Le problème, c'est qu'il s'agit
d'une attitude politique qui repose sur un sentiment, une
émotion, un je-ne-sais-quoi qui a quelque chose d'insondable.
Comment expliquer, ou même décrire, ce qui se passe
dans nos cœurs à chaque retour au pays après un
séjour à l'étranger ? Et ne dit-on pas que la
politique, c'est la confrontation d'intérêts
économiques - qui ne peuvent qu'être objectifs? Oui, mais
ces intérêts déterminent-ils nos sentiments, nos
émotions - qui sont bien évidemment subjectifs ? Alors,
la boucle serait bouclée. Il vaut la peine d'essayer d'y voir
plus clair.
D'abord qu'est-ce que le patriotisme n'est pas
? Le patriotisme est aux antipodes du nationalisme. Le
nationalisme, c'est la croyance - perverse - en la supériorité
d'un pays - celui de la personne concernée, comme par
hasard - sur les autres. Et, comme il y a des nationalistes sous toutes
les latitudes, inutile de dire que l'on avance pas. Tant pis pour les
relations internationales. Que des tensions, parfois même des
affrontements, en découlent immanquablement. Au détriment
des peuples et de l'immense majorité des populations, notamment
des personnes les plus vulnérables. Globalement, il y a donc
opération à somme nulle, voire négative.
Mais au profit de qui ? Qui a
intérêt à dresser les groupes humains les uns
contre les autres ? A qui profite le crime ? Jamais aux peuples.
Qui a intérêt à la guerre en ex-Yougoslavie ? Poser
la question, c'est y répondre : L'Europe du Sud-Est est la
chasse gardée de la haute finance et de la grande industrie
allemandes. De même, il va de soi que les multinationales
pétrolières ont intérêt à susciter
des désaccords, voire des conflits, entre pays arabes, à
utiliser le bâton pour les uns, la carotte pour les autres. Bref
: diviser pour régner. C'est ce que Jules César avait
fait avec les tribus gauloises (y compris les Helvètes) il
y a plus de deux mille ans déjà. Le chef de guerre
romain est même à l'origine de l'expression
consacrée : divide et impera. Aujourd'hui, les
stratèges impérialistes, américains en
particulier, reprennent ce principe.
Un élément me semble essentiel :
le nationalisme n'est jamais une
réaction spontanée de la majorité d'un
peuple. C'est un phénomène artificiel, suscité de
toutes pièces, attisé comme on souffle sur des
braises. Etre nationaliste, ce n'est pas aimer son pays,
c'est dénigrer les autres, s'opposer à la
différence. Rejeter la différence, c'est absurde. Car la
diversité culturelle et politique découle de la
diversité biologique, donc des différences de climats, de
géologie, de ressources naturelles. Bref, le nationalisme, c'est
tellement bête qu'il suffit de démonter son
mécanisme pour le réfuter. Un/e nationaliste n'est jamais
patriote. Il/Elle ne peut l'être.
Bon, voici ce que le patriotisme n'est pas.
Mais qu'est-il alors ? Je dirais : La conviction de faire partie d'une
entité définie par des frontières, une histoire,
une destinée communes. La certitude que la personne n'existe pas
pour elle-même isolément, mais en relation avec autrui;
mes actes interagissent sur les vies des autres membres de la
société, comme leurs actes affectent la mienne. Souvent
pour le meilleur, parfois pour le pire. Car des tensions peuvent
découler de cette interdépendance. Comment alors les
réduire autant que possible ? En acceptant des règles
minimales, dans l'intérêt de toutes et de tous. C'est de
là que découle le problème de l'emprise
étrangère. Car il n'y a aucune raison d'ouvrir nos
frontières en faveur d'immigrants qui ne peuvent et/ou ne
veulent se plier à ce consensus minimum. Et les étrangers
n'ont pas à revendiquer de garder leurs coutumes tout en
bénéficiant de notre niveau de vie. Ils doivent choisir.
Pas question de les laisser gagner sur les deux tableaux. A notre
détriment.
Etre patriote, au fond, c'est
intérioriser la notion de diversité; la
conscience que chaque peuple, chaque nation, a son génie propre,
façonné par l'histoire, qui le rend
irréductiblement différent de chaque autre peuple, de
chaque autre nation. Je dis bien différent, et pas meilleur
ou supérieur. Un/e patriote n'est jamais
nationaliste. Il/Elle ne peut l'être.
Quels sont les bénéfices
apportés par le patriotisme ? Bien sûr, ils ne sont pas
entièrement quantifiables en termes économiques, et
là n'est du reste sûrement pas l'essentiel. Mais le/la
patriote est un/e citoyen/ne plus attentif/ve aux autres, plus
honnête, plus respectueux/se des plus faibles, de
l'environnement, du bien commun. Tout simplement il/elle a
intériorisé l'interdépendance objective des
membres de la société. Ce qui est un facteur
immatériel contribuant au développement de la société et, surtout, à
l'épanouissement des personnes, notamment en faveur des moins
favorisés de nos compatriotes. Et, quand on est patriote, on ne
peut que respecter les autres pays, dans la reconnaissance des
différences. Pour le plus grand bien de notre Planète,
notre seule patrie commune. Globalement, il s'agit donc d'une
opération à somme positive.
A l'opposé, des étrangers venus
en masse de régions éloignées dont le niveau de
vie est plus bas que le nôtre n'ont pas la conscience de
l'interdépendance au sein de la société
qui les accueille. Notre pays n'est pas le leur; il profitent de
lui (de nous), point barre. Ce qu'ils apportent - dans le meilleur des
cas -, c'est ce qu'ils sont obligés de faire, et rien de
plus.
Voilà pourquoi les milieux
ultra-libéraux, favorables à la mondialisation, rejettent
le patriotisme, parfois en tentant de l'assimiler au
nationalisme : Le patriotisme relie les gens les uns aux autres,
forge une conscience commune. Qui peut mener à la défense
collective d'intérêts convergents. Et donc entraver la
toute-puissance du fric. Puisque le pouvoir total de l'argent,
dans toute sa laideur et sa brutalité, présuppose le
chacun pour soi (donc chacun contre tous), que les gens ne
puissent se regrouper pour se défendre. En d'autres termes,
l'isolement des membres de la société les uns à
l'égard des autres. C'est ce que l'on appelle l'atomisation
de la société.
Mais le patriotisme est bien vivant; toutes les
tentatives des milieux économiques et médiatiques de
l'éradiquer ont jusqu'à présent
échoué. Pourvu qu'il en reste de même à
l'avenir.
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