Naturalisations par le peuple :
 réflexions sur une défaite


Ainsi, le NON l'a emporté. Par 1'415'189 voix contre 804'680 et 22 cantons contre un (Schwyz). Nos compatriotes ne veulent donc en majorité pas d'une extension des pouvoirs des communes pour lutter contre les naturalisations abusives. Divers enseignements s'imposent pour le mouvement patriotique :

1.    La propagande des milieux étrangers a joué un rôle important. Ces milieux ont entamé tôt leur campagne, trois comités différents donnant l'illusion de la diversité, tout en disposant d'importants moyens matériels et d'une imposante assise médiatique (on se prend à rêver de tels privilèges pour une organisation comme la nôtre ...). Parallèlement, le OUI ne bénéficiait d'aucun soutien (même implicite) au sein du Conseil fédéral, ce en raison de la situation interne du parti à l'origine de l'initiative. Mais gardons-nous d'attribuer la défaite de l'initiative à ces seuls facteurs, qui concernent toutes les votations portant sur l'emprise étrangère, même dans une mesure variable.

2.    La campagne a coïncidé avec le déballage des affaires internes du parti à l'origine de l'initiative. Cet interminable feuilleton de lavage de linge sale en public a impatienté plus d'un de nos compatriotes. Il en est résulté une confusion; certains ont fini par voter contre un parti plutôt que contre une initiative. Voilà ce qui arrive lorsque s'installe l'amalgame. Car il va sans dire qu'une élection est une chose, mais une initiative (ou un référendum) en est une autre. Cela semble évident ? Oui. Le mélange des genres ne devrait donc pas y avoir place. Du moins en théorie. Ce n'est en pratique pas souvent entièrement le cas, mais il y a peu d'initiatives où l'amalgame a été aussi poussé.

3.    L'essentiel est peut-être encore ailleurs. Nous avons parlé de confusion entre élections et votations. Justement, quelle est la politique de l'UDC en matière migratoire ? Prône-t-elle une réduction générale du nombre des étrangers ? Nullement, et de plus en plus de nos concitoyennes et concitoyens semblent s'en rendre compte. Car l'UDC n'est pas un parti d'opposition. Durant des décennies, y compris durant l'époque où elle s'appelait encore PAI, elle a massivement cautionné une politique des frontières ouvertes, n'hésitant pas à contrer l'initiative dite Schwarzenbach à la fin des années 60 et en 1970. Pour fournir une main-d'oeuvre abondante et bon marché à l'économie. Et lui épargner d'avoir à investir dans la plus-value, dans la rationalisation de la production - ce qui est pourtant le seul choix qui s'impose pour une économie comme la nôtre.


Car il faudra bien, tôt ou tard, que l'on discute de ce problème de fond, le seul, au vrai, qui importe réellement. Car on ne peut prétendre lutter contre une invasion migratoire - qui est, par définition, un phénomène massif - en ne s'occupant que d'aspects sectoriels, périphériques. Oui, les étrangers criminels ou profiteurs de l'aide sociale doivent être expulsés; oui, il est scandaleux de naturaliser des personnes non assimilées. C'est la moindre des choses. Merci à l'UDC de nous le rappeler. Mais l'ampleur des problèmes migratoires ne se réduit pas à quelques dysfonctionnements, que l'on voudrait nous faire passer pour fortuits et isolés puisque n'impliquant "que" quelques dizaines de milliers de personnes. Car il y a plus. Beaucoup plus.

Puisque l'ampleur du problème impose de le prendre en amont. Donc de limiter l'afflux général, en particulier d'extra-Européens. Et d'organiser le rapatriement systématique de tous les étrangers indésirables. Quitte à déplaire aux milieux favorables à une immigration massive. Et c'est précisément ce que l'UDC ne souhaite pas, au risque de contrarier sa base. Sa politique en la matière s'en trouve donc sévèrement limitée. C'est cette contradiction qui a été sanctionnée ce dimanche 1er juin 2008. Espérons au moins que cette défaite soit la première étape d'une réflexion globale sur l'emprise migratoire, à mener sans idées préconçues. Et par-delà les frontières partisanes ou associatives, qui apparaissent définitivement obsolètes face à un tel enjeu. Nos enfants ne nous pardonneront pas un nouvel échec.

4.    A l'avenir, le mouvement patriotique devra donc former des comités d'initiative (ou référendaire) dépassant largement les limites étriquées de tel ou tel parti ou organisation. Ce d'autant que le nombres des naturalisés et des bi-nationaux augmente sans cesse. Et qu'il deviendra donc sans cesse plus difficile de gagner ce type de votations. L'éventuelle consultation sur l'élargissement des Accords bilatéraux, dans onze mois, représente à cet égard un enjeu majeur. Préparons-nous. Vous pouvez d'ores et déjà compter sur nous.

Alliance Suisse, le 3 juin 2008