Naturalisations : parlons chiffres 

(ou le ver dans la pomme)

 

La tendance est à la hausse quasi-continue du nombre de naturalisations et de la proportion d'étrangers se faisant naturaliser. De 1992 à 2007, le nombre annuel de naturalisations a ainsi augmenté de 11'133 à 45'042, avec un record absolu à 46'711 en 2006. C'est au début des années 2000 surtout qu'une hausse vertigineuse s'est produite. Le nombre annuel est passé de 20'363 en 1999 à 28'700 en 2000, puis une augmentation massive à 36'515 en 2002 après une accalmie à 27'583 en 2001*.

Mais il y a aussi d'autres chiffres, peut-être plus troublants encore. Et dont les médias ne parlent guère. Il s'agit de ce que l'on appelle, en jargon statistique, le "taux brut de naturalisation". En d'autres termes, le "nombre d'acquisitions de nationalité pour 100 titulaires d'une autorisation de séjour ou d'établissement", selon la définition donnée par l'Office fédéral de la statistique. C'est un indicateur qui mesure le degré de convoitise que suscite la nationalité suisse. Ce taux a passé de 0,95 en 1992 à 3,09 en 2006. Il a donc plus que triplé. Là encore, la hausse est presque ininterrompue depuis le début des années 90. Vous avez bien lu : plus de trois étrangers sur 100 deviennent "suisses" chaque année.

Ceci est une conséquence de l'arrivée massive de populations balkaniques depuis la fin des années 1970 et de manière pour ainsi dire illimitée depuis le début des années 1990. Lorsqu'on sait que douze ans de résidence continue en Suisse suffisent (les années accomplies entre 10 et 20 ans comptant même double) ... Un autre facteur ayant joué un rôle est la renonciation, dès le 1er janvier 1992, au principe de l'abandon de sa précédente nationalité par le requérant. Un naturalisé peut ainsi systématiquement conserver sa nationalité antérieure. Donc gagner sur les deux tableaux. Est-ce une preuve d'intégration dans une nouvelle patrie ? Pour nous, la moindre des choses que l'on peut attendre de quiconque prétendant devenir notre compatriote est qu'il laisse son ancienne appartenance derrière lui. Puisqu'un passeport suisse n'est pas un billet de loterie ou un titre que l'on peut acheter à la bourse pour spéculer. Au contraire, c'est une appartenance qui touche la personne dans son essence même. Attention au vocabulaire : il ne s'agit pas d'avoir la nationalité suisse, mais d'être Suisse.

Les faits sont là : il y a une perte de maîtrise de la population. La hausse ininterrompue des naturalisations (largement surproportionnelle à celle de la population étrangère) montre que l'acquisition de la nationalité suisse est devenue une simple formalité dans la plupart des communes. Emmen constituant l'une des heureuses exceptions, jusqu'à ce que le Tribunal fédéral n'en décide autrement le 9 juillet 2003 (voir l'article à ce sujet dans notre bulletin n° 13). Soyons clairs : un étranger culturellement proche de nous, socialement et professionnellement assimilé, doit pouvoir être naturalisé; il en a toujours été ainsi et il n'y a aucune raison pour que cela change. Une bonne politique de naturalisation est même un facteur de développement et d'épanouissement pour un pays comme le nôtre.

Mais le problème, c'est que la législation et la pratique sont en retard sur l'évolution de la société. En effet, notre politique repose sur une loi fédérale datant à l'origine de 1952. Qui remonte donc à une époque où l'immigration provenait surtout de pays limitrophes. Il va tout autrement aujourd'hui. Peut-on appliquer les mêmes règles à un Autrichien ou à une personne d'origine balkanique, africaine ou asiatique, voire méditerranéenne ? A l'évidence non. Puisque les différences de cultures l'empêchent. Douze ans de résidence peuvent être suffisantes pour un Européen, mais comment pourraient-ils l'être pour un Africain ? Il est absurde de traiter de manière identique des situations à ce point différentes.

Face à un tel afflux de demandes de naturalisation, la logique voudrait que l'on renforce les contrôles, en particulier en ce qui concerne le passé des requérants (perpétration de délits, etc.), leur assimilation (connaissance de la langue de leur commune de résidence, etc.) et leurs moyens d'existence (aide sociale prolongée, etc.). Mais non. Attention, le ver entre dans la pomme.

*Merci à l'ami qui nous a trouvé ces statistiques. Il se reconnaîtra ....