Guantanamo : un effet d'annonce désastreux

Dans une "Déclaration du Conseil fédéral au sujet de Guantánamo", publiée le 21 janvier 2009, l'Exécutif fédéral a en particulier fait savoir que "la Suisse est prête à examiner de quelle manière elle pourrait contribuer à résoudre le problème de Guantánamo. Concrètement, la Confédération est prête à étudier si - et dans quelle mesure - elle pourrait prendre en charge des réfugiés qui seraient libérés de Guantánamo. Ceci nécessite une analyse détaillée et minutieuse - en particulier pour ce qui relève des aspects sécuritaires et juridiques".

Cette gesticulation n'a pas été chaleureusement accueillie, ni par les cantons, ni au niveau des partis politiques, c'est le moins que l'on puisse dire. Il s'agit d'un effet d'annonce désastreux, dont on ne voit absolument pas en quoi il bénéficie à notre pays. Le comble, c'est que la Suisse n'a reçu aucune demande de la part des Etats-Unis ! Soyons clairs : les autorités américaines ont détenu – et détiennent – dans cette prison des personnes en violation des règles de droit les plus élémentaires. En particulier, des détenus ont passé des années derrière les barreaux sans être informés de quoi ils sont accusés et sans avoir été déférés à un juge indépendant. Ils semblent être justiciables de "commissions militaires", ce qui est un comble pour des civils. Sans même parler de la torture. Les Etats-Unis, première puissance mondiale, ont créé ce problème, c'est à eux de le résoudre. Pas à un pays de 41'000 km2 pour plus de 7,6 millions d'habitants, laminé par l'immigration. Nous n'avons pas à prendre en charge les problèmes des autres. Soit dit en passant, a-t-on fait appel aux Etats-Unis pour accueillir une partie des requérants d'asile qui affluent chez nous depuis des décennies maintenant ? Il y a pourtant encore des grands espaces en Amérique …

La Suisse n'est ni une organisation humanitaire, ni la fée clochette, ni Amélie Poulain. Elle a d'abord à défendre ses propres intérêts. Ce qui est déjà suffisamment difficile avec l'afflux actuel de requérants, sans même mentionner l'immigration clandestine et l'immigration légale des travailleurs européens. Nous ne sommes pas au service de la planète entière et nous n'avons rien à nous faire pardonner. On bascule dans le grotesque. Le Conseil fédéral doit cesser ses démarches intempestives et affronter le problème de l'asile dans notre pays, d'abord en filtrant sévèrement les arrivants à la frontière, puis en coopérant avec les pays d'émigration, ainsi qu'en accélérant les procédures et les renvois.

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